Digitalisation
Eurosatory 2026 et l'avenir de l'industrie de la défense
30 juin 2026
Eurosatory 2026 a mis en lumière une évolution claire de l’industrie de défense moderne. Si les systèmes de défense deviennent de plus en plus numériques, connectés et autonomes, leur fondement reste profondément matériel. Des véhicules blindés aux systèmes d’artillerie, en passant par la résilience industrielle, la qualité des soudures et les structures métalliques, l’acier, les procédés de fabrication et la rigueur de production demeurent au cœur de la préparation opérationnelle.
Varsha Saraogi
L'avenir de la défense restera ancré dans l'acier
À Eurosatory 2026, les véhicules blindés, systèmes d’artillerie, lanceurs, munitions, structures navales, plateformes de mobilité et autres équipements exposés racontaient une histoire plus large que celle des nouvelles technologies. Si l’avenir de la défense est de plus en plus façonné par les logiciels, les capteurs et les données, il continuera de s’appuyer sur l’acier, le soudage, la discipline industrielle et la résilience des capacités de production.
Lors de son intervention à Eurosatory, le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a qualifié l’expansion rapide de l’industrie de défense ukrainienne de « big bang de la production de défense », soulignant que la capacité de production est devenue en elle-même un atout stratégique. Dans le cadre des discussions sur l’industrie de défense européenne, il a également plaidé pour un marché européen de la défense plus intégré afin de permettre à l’Europe de « produire davantage que Poutine ».
Pour les industriels, cela modifie profondément la perspective. La capacité de défense ne se mesure plus uniquement aux performances d’un véhicule ou d’un navire sur le terrain, mais aussi à :
la rapidité de production ;
la fiabilité de la documentation ;
la facilité de maintenance et de réparation ;
la robustesse de la chaîne d’approvisionnement sous contrainte.
Voici les principaux enseignements de l’un des plus grands salons mondiaux consacrés à la défense et à la sécurité.
Les plateformes lourdes restent incontournables
L’un des constats les plus marquants d’Eurosatory a été l’importance persistante des systèmes terrestres fortement dépendants des structures métalliques. Patria a présenté son offre couvrant la mobilité protégée, les systèmes de défense et d’armement ainsi que les solutions de soutien logistique, notamment le système TRACKX dans sa configuration NEMO. KNDS a mis l’accent sur une intégration complète des capacités terrestres, regroupant chars de combat, artillerie, véhicules de combat d’infanterie, transporteurs blindés, robotique, munitions et services de soutien. Rheinmetall a exposé son portefeuille multi-domaines comprenant véhicules blindés, plateformes logistiques, système d’artillerie 155 mm L60 et solutions intégrées de champ de bataille. Le constat est clair : les véhicules blindés modernes doivent conjuguer :
protection ;
mobilité ;
modularité ;
intégration numérique ;
survivabilité ;
facilité de maintenance ;
performances sur l’ensemble du cycle de vie.
Cela élève considérablement les exigences de fabrication. Dans un blindé moderne, chaque choix de conception structurelle compte. Chaque procédé de fabrication compte. Chaque soudure assume une responsabilité bien plus importante qu’il n’y paraît.
Une puissance de feu plus mobile, plus intégrée et plus industrielle
La puissance de feu constituait un autre thème majeur du salon, notamment dans les domaines des frappes longue portée, de l’artillerie, des munitions et de la défense aérienne intégrée. MBDA a présenté son portefeuille autour du concept de « masse intelligente » (smart mass), combinant des systèmes de haute performance avec des effecteurs conçus pour être produits à grande échelle, tout en restant économiques et adaptables. Ses démonstrations comprenaient notamment :
des capacités de frappe de précision à longue portée ;
des systèmes de défense aérienne ;
des solutions de combat terrestre ;
un missile de croisière terrestre avec une portée supérieure à 1 000 km.
Le système d’artillerie 155 mm L60 de Rheinmetall, les solutions d’artillerie et de munitions de KNDS, le lance-roquettes multiple Chunmoo de Hanwha Aerospace ainsi que les concepts d’artillerie embarquée de Kalyani Strategic Systems illustrent tous la même tendance.
La puissance de feu doit être :
plus mobile ;
plus réactive ;
plus intégrée ;
disponible en permanence dans des environnements exigeants.
La frontière entre système d’armes et système de production devient ainsi de plus en plus fine. Artillerie longue portée, lanceurs, missiles, munitions et véhicules protégés ont tous un point commun : ils dépendent de capacités industrielles solides, de matériaux performants, d’une qualité reproductible, d’une documentation rigoureuse, de contrôles qualité efficaces et de la possibilité d’augmenter rapidement les cadences de production lorsque la situation l’exige.
Comme le résume Eetu Kivioja, responsable produits chez Kemppi : « Dans le secteur de la défense, la base industrielle qui soutient les systèmes d’armes fait partie intégrante de la capacité de dissuasion. »
La résilience industrielle devient une exigence de première ligne
Eurosatory a placé la résilience industrielle et l’économie de guerre parmi ses grands thèmes pour 2026. Les discussions menées avec la Commission européenne ont porté sur :
l’augmentation des capacités industrielles ;
la résilience des chaînes d’approvisionnement ;
les contrats de long terme ;
le maintien d’installations industrielles prêtes à monter en cadence ;
la participation des PME ;
les synergies entre industries civiles et militaires ;
la réduction de la dépendance européenne vis-à-vis des composants et matières premières stratégiques non européens.
Les industriels présents ont relayé le même message. Liebherr a présenté :
des lignes de production fortement automatisées pour les munitions d’artillerie ;
des systèmes flexibles de fabrication de composants pour véhicules militaires ;
des technologies de transmission et de train de roulement.
ArcelorMittal, quant à lui, a mis en avant :
les aciers avancés ;
les chaînes d’approvisionnement européennes courtes ;
les performances mécaniques ;
la durabilité ;
l’optimisation des procédés ;
la constance de la qualité.
Vassilis Tsiamis, de METLEN, a parfaitement résumé l’enjeu : « La sécurité et l’autonomie stratégique nécessitent une base industrielle de défense forte et résiliente. »
Cette déclaration reflète probablement l’un des messages les plus importants d’Eurosatory 2026. L’autonomie stratégique se construit à travers :
les usines ;
les fournisseurs ;
les compétences humaines ;
les procédés qualifiés ;
la traçabilité ;
les inspections ;
la maintenance ;
la réparation ;
la qualité de production répétable.
Ce que cela signifie pour le soudage
Pour Kemppi, les enseignements d’Eurosatory sont particulièrement pertinents. Les capacités avancées de défense prennent naissance dès la phase de production :
dans les modes opératoires de soudage ;
dans la maîtrise des paramètres ;
dans la traçabilité documentaire ;
dans la fiabilité des équipements ;
dans la capacité à produire une qualité constante, quels que soient l’équipe, le site ou la période de fabrication.
À mesure que les industries de défense développent des plateformes plus intégrées, des systèmes à plus longue portée, des équipements plus mobiles et des cycles de production plus rapides, l’importance de la qualité du soudage ne cesse de croître. La maîtrise des procédés, la facilité d’utilisation, la traçabilité, la réparabilité et la fiabilité des équipements deviennent également des facteurs clés. Dans la fabrication d’équipements de défense, une soudure n’est que rarement une simple soudure. Elle contribue directement :
à la protection d’un véhicule ;
à la fiabilité d’un système de lancement ;
à la résistance d’une structure ;
à la durée de vie d’une flotte ;
à la capacité opérationnelle d’un pays.
En d’autres termes, derrière chaque plateforme de défense moderne se trouvent des procédés industriels robustes, des compétences spécialisées et des soudures de haute qualité qui contribuent, elles aussi, à la sécurité nationale.
Varsha Saraogi
Varsha Saraogi
Issue d’un parcours en journalisme et en stratégie éditoriale, Varsha apporte une vision internationale B2B au contenu et à la communication chez Kemppi. Passionnée par la création de récits à forte valeur ajoutée, elle s’attache à relier la technologie du soudage aux femmes, aux hommes et aux industries qu’elle accompagne. Son approche allie rigueur technique, clarté et sens de la narration, pour rendre des sujets complexes accessibles et engageants. Ses articles ont été publiés dans des médias spécialisés reconnus tels que Airport Technology, Railway Technology, Ship Technology, FinTech Global et RegTech Analyst, témoignant d’une expérience solide à l’intersection de multiples secteurs industriels et business.
